On l’attendait impatiemment, Émilie Simon surprend une nouvelle fois avec son dernier album sorti le 5 décembre dernier. Épique et enveloppant, Franky Knight est le nouveau projet personnel et intime de la discrète diva pop lyrique que nous avons rencontrée.

À la fois musical et cinématographique, cet album est aussi la bande originale du film La Délicatesse de David et Stéphane Foenkinos. "La particularité d’une musique de film, c’est qu’elle impose de sortir d’une logique de temps et de mode pour se mettre au service de l’image. Chaque morceau doit servir un propos précis". Une démarche qui a permis à Émilie d’illustrer les scènes du film avec ses propres sentiments : "Franky Knight, c’est l’album d’un film et la BO de ma vie".

Émilie Simon livre ici une partie de son histoire personnelle, la perte de son compagnon, il y a deux ans. "Le travail était délicat, il s’agissait de poser des sentiments personnels sur une fiction, tout en prenant de la distance au service d’une démarche artistique. Ça m’a permis d’explorer d’autres terrains. Ce projet me touchait si intimement qu’il m’aurait été impossible de le refuser". Émilie évoque la pudeur qu’elle a souhaité associer à cet exercice en apprenant à lâcher prise : "Ma démarche devait servir les émotions, les faire vivre, les élever et faire en sorte que les gens se les approprient, sans jamais être dans la démonstration".
Émilie assistait au tournage et récupérait ensuite les DVD des scènes tournées pour travailler sur la musique le soir. Cette collaboration artistique qu’elle qualifie volontiers d’ "échange d’énergie créative" a été nécessaire pour aboutir à un résultat convenant aux attentes des réalisateurs et de la musicienne. Comme à son habitude, Émilie a composé toutes les chansons au piano dans un premier temps. Le texte vient ensuite, guidé par la mélodie. L’album a été enregistré entre Paris et New-York.
D’un point de vue linguistique, l’écriture est guidée par l’instinct : "C’est universel, j’utilise l’Anglais tout le temps, ça me semble aussi naturel d’écrire des chansons en Anglais, en Français, de mêler les deux dans un même titre comme pour Mon Chevalier". Pour le travail de sélection lors de la finalisation d’un album, l’exigence est de mise : "Si j’ai le moindre doute au sujet d’un morceau, je ne le garde pas, ça me permet de ne jamais regretter mes choix".
La ressemblance entre le personnage principal du film incarné par Audrey Tautou et Émilie Simon est évidemment fortuite. L’idée a toutefois été exploitée dans le clip du premier single extrait de Franky Knight : Mon Chevalier.
Ce nouvel album sera présenté sur scène courant 2012. Pour l’instant, l’heure est à la réflexion, rien n’est encore arrêté en terme de formation. Petite scène intimiste ou complexe moins confidentiel, Émilie est à l’aise dans tous les types de salle. Sans jamais se lasser de rechanter les mêmes titres : "Je prends toujours plaisir à chanter Désert par exemple, à chaque fois que je suis sur scène c’est différent". Quand on lui parle comédie musicale, elle ne cache pas son enthousiasme. On en profite pour la complimenter sur son précédent album aux allures de conte musical dark à la Alice au pays des merveilles : The Big Machine.

Émilie voit les choses sous un angle nouveau : "J’ai réinterprété en live, à différentes occasions, Come As You Are de Nirvana ou I Wanna Be Your Dog des Stooges. Cela dit, on évolue, c’est quelque chose qui me correspond moins maintenant".
Dans le registre cinématographique, elle puise son inspiration dans les compositions d’Ennio Morricone ou de John Williams, le chef d’orchestre américain à qui l’on doit la bande sonore mythique de la saga Star Wars. Au rayon des artistes ayant influencé Émilie, les Beatles tiennent une place de choix : "Ils ont toujours su faire preuve d’une grande créativité, en abordant la musique de façon expérimentale : créer des chansons toujours très courtes dans lesquelles il faut dire un maximum de choses. J’aime ce mélange de folie et de classique qui définit la pop british".
... très peu de musique ! Elle nous avoue quand même être séduite par les très belles voix d’Angus et Julia Stone et toujours autant admirer Kate Bush, Peter Gabriel, ou The Cure.
Quand Émilie ne compose et n’écrit pas, elle prend le temps d’animer sa page Facebook. Quant à Twitter, elle commence tout doucement à l’apprivoiser.
Propos recueillis par Fox

Malgré un thème central difficile et intime, la perte de l’être aimé, Émilie Simon revient avec un album émouvant et pudique. Tout en nuances, la gravité du propos est atténuée par la présence des notes de xylophone et la voix malicieuse de la chanteuse, l’univers de l’enfance comme refuge face à la peine. Servi par des arrangements extrêmement soignés, sans fioriture, et des textes sobres, Franky Knight nous entraîne dans un voyage douloureux où l’on entrevoit les moments de bonheur partagés avec son "bel amour". En évoquant son histoire à laquelle la mort a mis un terme, Émilie Simon lui rend un magnifique hommage. L’un des meilleurs albums de cette fin d’année.
Sortie le 5 décembre 2011, Barclay.

La Délicatesse de David et Stéphane Foenkinos, adaptation du roman de David Foenkinos. Une jeune femme (Audrey Tautou) qui a tout pour être heureuse perd subitement son mari (Pio Marmaï). Murée dans son deuil, elle se consacre uniquement à son travail, et met sa vie entre parenthèses. Jusqu’au jour où elle fait la rencontre d’un homme original, Markus (François Damiens), qu’elle embrasse sans raison.
Sur les écrans le 21 décembre 2011, Studio Canal.
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