[CONCERT PRIVÉ] EMILY LOIZEAU DÉVOILE SON NOUVEL ALBUM

A l’occasion de la sortie de son nouvel album prévue à la rentrée, Mothers & Tygers, Emily Loizeau donnait un concert privé au Studio 28, un cinéma comme on n’en fait plus : avec une âme. Ce soir-là, la chanteuse y livre un peu de la sienne : chacun de ses titres est introduit par un commentaire à cœur ouvert. Emue par cet exercice, elle crée une atmosphère attentive chez les quelques amis, journalistes et invités présents dans la petite salle.



On connaissait déjà l’univers à la fois beau et sombre de la chanteuse anglophone, puisant dans ses angoisses et fascinations personnelles la substance poétique de ses textes (en particulier sur son premier album sorti en 2006, L’Autre bout du monde). Avec ce nouvel album, Emily Loizeau confirme sa capacité à parler des choses profondes de la vie avec plus ou moins de légèreté : la vieillesse, l’estime de l’autre, la littérature, la maternité, la famille, la mort…

Un soir, Emily se plonge dans la lecture de divers textes de William Blake, peintre et poète anglais, tirés des Songs of Innocence (1789) et Songs of Experience (1794), imposant pavé trouvé dans le grenier de ses parents qu’elle gardera auprès d’elle posé sur son piano pendant le concert, comme une bible. Elle explique que cette lecture déclenche des évidences, à la fois d’écriture et de mélodie. Plusieurs titres sont nés de ce thème universel traité dans l’œuvre de Blake : l’expérience de la vie.

Mothers & Tygers s’apprivoise. Moins évidentes que sur les précédents albums, les références sont plus sérieuses, plus abstraites aussi. Inspirée par des maîtres du genre, la littérature de l’album relève parfois plus de la poésie que de la chanson à texte. D’ailleurs, certains titres choisis pour ses chansons pourraient être ceux de poèmes de Jacques Prévert ou Robert Desnos : Vole le chagrin des Oiseaux, Parce que le Rire a la Couleur du Vent

Au fil de 14 titres déroulés par la frêle demoiselle comme les chapitres d’une histoire, on se prend au jeu et l’histoire devient aussi un peu la nôtre. C’est un peu triste parfois, il y a de la mélancolie et des accords qui appuient là où il faut pour parler du grand-père anglais touché par une enveloppe envoyée par sa petite-fille contenant les photos d’une réunion de famille (qui est peut-être la dernière), de la disparition, des images dont on ne sait plus si on les a vécues ou juste rêvées, du temps qui passe… Le meilleur, c’est qu’elle a l’air serein.

On se dit que l’enregistrement de l’album dans un trou paumé au milieu des Cévennes y est peut-être pour quelque chose. Et puis il faut dire qu’Emily est devenue maman. (C’était en même temps que son amie Camille, la chanteuse : les deux feront des pronostics ratés sur le sexe des nouveau-nés, Loizeau en fait une chanson…).

Évidemment, on pourra accuser Emily Loizeau de péché de boboisme, en particulier en raison de l’accumulation de quelques références bien senties (hommage à la chanteuse Lhasa disparue en 2010, reporters de guerre en Syrie, luttes d’Aimé Césaire et Agostinho Neto, pouvoir de l’œuvre littéraire de Blake…)

Peu Importe. La chanteuse à la voix fragile nous a encore touchés.

Martin Bourguignat


Emily Loizeau, Mothers and Tygers, sortie septembre 2012 (Polydor).


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